Empruntée à la mythologie grecque, l’expression "un travail de Sisyphe" est une métaphore qui symbolise une tâche répétitive et interminable. En effet, Sisyphe, l’un des personnages de la mythologie grecque, qui ayant déclenché la colère des dieux de l’Olympe,
s'est vu condamner à grimper au sommet d’une montagne en faisant rouler un immense rocher.
Cependant, une fois arrivé au sommet, Sisyphe n’avait pas assez de place pour y bloquer son rocher qui redescendait aussitôt, l'obligeant à le remonter encore et encore…".
Cette compréhension du mythe de Sisyphe est donc celle à laquelle renvoie l'expression "un travail de Sisyphe", qui qualifie ainsi une tâche ardue et interminable, qu'il faut toujours recommencer pour un résultat nul ou incertain. A bien des égards, la gestion du pays Tunisie s'apparente ainsi à un tel travail de Sisyphe: Conflits sociaux, accumulation de dettes, désinvestissement, entreprises en panne, entreprises nationales en difficulté…Un gros, un immense chantier!
Tout comme pour Sisyphe et son gros rocher poussé jusqu'au sommet, à peine croît-on avoir résolu une difficulté, que voilà elle réapparait, avec pour seule différence un tout autre lieu. Ce qui est remarquable c'est précisément cette mobilité des conflits sur le territoire: Aucune région n'est épargnée. Ils sont à la fois cycliques et se tiennent, à chaque péripétie, dans une région différente!
Le dernier en date a pris sa source aux Iles Kerkennah, avec l'occupation d'une entreprise d'exploitation de Gaz, Petrofac, par des jeunes revendiquant leur droit au travail. Pendant plus de 70 jours c'était pratiquement silence radio venant de l'ensemble des acteurs, qu'ils soient politiques, parlementaires, société civile, syndicat ou même de la presse.
Un déficit total d'information, de communication et de réactivité à tous les niveaux!
Il a suffi que cette occupation dégénère en conflit violent entre "sittineurs" et forces de l'ordre pour que des voix se fassent entendre. Trop tard pour calmer le jeu et le conflit de monter alors en puissance.
Une vingtaine de rencontres avec des jeunes, des moins jeunes, la population locale et celle de l'autre côté du bras de mer séparant l'île du continent, et voilà vingt versions livrées toutes différentes, toutes non concordantes sur les tenants et aboutissants d'une telle situation et toutes ensemble en totale opposition avec les communiqués officiels.
Parce que survenant dans une partie du territoire national, fragilisée par son insularité et par la sensibilité de son écosystème, la communication, officielle comme celle de la presse se devait d'être particulièrement franche. Elle ne l'a pas été et, à ce jour, quand bien même un calme précaire règne sur cette île, peu habituée aux formes de violences, nul ne sait de quoi seront faits les lendemains. Ce front, car il s'agit bien d'un front auquel doivent faire face les autorités, présente bien des similitudes avec ceux connus dans les autres régions du pays. Il ne peut et ne pourra être gagné tant que les régions ne disposeront pas des moyens adéquats leur permettant de se prendre en charge.
En attendant le temps passe et pour le gouvernement c'est les travaux de Sisyphe et d'Hercule réunis!